Les plantes et leurs usages

 

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Erythrina tahitensis – atae oviri

 

 

 

On dénombre à 1000 le nombre d’espèces végétales présentes en Polynésie ce qui est relativement peu si l’on compare avec les îles « d’Océanie proche »1. La majorité de ces espèces végétales sont situées sur les îles hautes. Mais le taux d’endémisme floristique est relativement important, soit de 40% « sur dix espèces de végétaux présentes à Tahiti, il y en a quatre qui n’existent nulle part dans le monde ».2

On distingue les espèces végétales introduites par les Polynésiens puis les Européens, des essences dites indigènes, soit des plantes issues des diaspores transportées par différents agents de dispersion : les courants marins, les airs et les animaux principalement les oiseaux.

 

1 Les expressions Océanie proche et Océanie éloignée ont été élaborées par le linguiste Andrew Pawley et l’archéologue Roger Green. L’Océanie éloignée rassemble la partie de l’Océanie qui comprend des îles volcaniques comme la Polynésie, la Micronésie et la partie de la Mélanésie qui se trouve au sud-est des Îles Salomon, y compris les archipels du Vanuatu et de Fidji. Des îles dont les caractéristiques est de posséder une faune et une flore plus pauvres que celles des îles proches du continent asiatique.
2 Encyclopédie de la Polynésie, vol.2, Christian Gleizal, éditions de l’alizée, p 19

 

Nombre d’entres elles vont faire l’objet par les populations préeuropéennes d’une domestication et d’une diversification : « Le nombre important de variétés (cocotiers, arbre à pain…) démontre que le Polynésien a recherché à créer les formes qui correspondaient le mieux à ses goûts et convenaient le mieux au milieu naturel où il se trouvait. » 1

1 Op.cit, p 42

Uru

cocotier

 

Les plantes à tubercules formaient la base de l’alimentation polynésienne : patate douce, taro, ignames. Les fruits les plus couramment consommés étaient le ‘uru issus de l’arbre à pain, une grande variété de bananes, de fei (banane plantain) 1. la pomme cythère (Vi tahiti) ou le mape que les premiers explorateurs baptiseront « châtaigne tahitienne ». Les plantes entrant dans la pharmacopée traditionnelle étaient toujours employées à l’état frais (et non séchées comme en Europe) et les recettes comportaient le plus souvent plusieurs essences. Les plantes toxiques n’étaient utilisées qu’à usage externe en cataplasme.

1 Deux chefs de Taiarapu pouvaient nommer en 1840 jusqu’à 34 espèces de bananiers parmi lesquelles les plus répandues au marché de Papeete sont aujourd’hui la banane hamoa, rima rima ou rio.

 

 

Pour la confection des tissus et des cordages, ils utilisaient des plantes à fibres comme l’Hibiscus tahitien (purau) ou le pandanus (fara) dont les feuilles tressées permettaient la réalisation de voiles et de toitures. Les meilleurs cordages étaient réalisés à partir de la bourre de coco tressée (puru ha’ari).

Les vêtements étaient confectionnés grâce aux écorces végétales qui étaient écrasées puis battues (tapa). Pour ce faire, les Polynésiens utilisaient les écorces d’une famille de banian, celles de l’arbre à pain ou du Broussonetia appelé aute. Un bon nombre de plantes dites tinctoriales étaient cultivées afin de colorer les tapa et les mono’i : les fruits de ficus (mati) et les feuilles du Tou ou l’écorce du bois de fer (aito) pour la couleur rouge.

Mais c’est bel et bien le cocotier qui occupe une place particulière pour ces populations. C’est son extension à travers tout le Pacifique qui a permis le peuplement de terres isolées et au milieu parfois difficile pour l’Homme. Il est au Polynésien ce que le bambou a représenté pour les populations d’Asie du Sud-Est : Une source d’alimentation, un précieux matériau pour la confection d’habitations, de mobiliers, d’objets usuels voire de médicaments.

Tajim Tumona MONOD