Les gardiens du plateau de Tamanu, les Tamari’i Punaruu
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Plus qu’adhérer à une association, être Tamari’i Punaru’u c’est intégrer une véritable confrérie qui possède ses codes et ses exigences propres. C’est organiser et participer à toutes les activités qu’offre le site du plateau de Tamanu : Entretien des sentiers, cueillette, randonnées ou chasse aux cochons. Mais également on perpétue un rapport quasi clanique avec le site, les plateaux sont jalousement protégés des incursions extérieures qui sont strictement encadrées.

C’est l’une des plus anciennes associations de l’île puisqu’elle peut s’enorgueillir d’exister depuis la fin des années 30. Les 250 adhérents doivent fournir en plus de la cotisation annuelle, une semaine de travail d’élagage et de nettoyage des sentiers avant l’ouverture de la cueillette. Pendant 3 semaines ils sont les seuls à arpenter la vallée car la règle est simple, chaque porteur descend du plateau la quantité d’agrumes qu’il est capable de transporter à la force de ses bras. C’est autour de cette activité ritualisée que la commune a institué une fête en l’honneur de l’orange et de ses porteurs emblématiques. Une commémoration est organisée au début de saison et récompense les plus belles glanes, l’occasion pour les habitants de Puna’auia de rendre hommage aux Tamari’i Punaru’u qui défilent pour l’occasion, en tenues fleuries. L’association encadre l’ouverture au public qui est exclusivement d’un mois. Les touristes et autres passionnés de randonnée peuvent ainsi emprunter des sentiers sécurisés et s’adonner à la cueillette…pas plus d’une trentaine d’oranges par personne. Des règles strictes qui peuvent conduire à l’exclusion temporaire voire définitive du site. Des porteurs qui ne respectaient pas les règles imposées par le bureau ont été exclus pour ne pas avoir rempli les obligations de nettoyage ou simplement en raison de comportements jugés trop festifs par les anciens.

Pourtant, un observateur notait qu’au milieu du XIXème siècle, la cueillette était aussi synonyme de festivités car de véritables bacchanales ponctuaient la saison des oranges, les cueilleurs se réunissaient en petits groupes pour confectionner un alcool, le vin d’Anani. Au grand dam des autorités de l’époque, ils se retrouvaient en cachette pour chanter, danser et se laisser emporter par l’ivresse que procurait ce breuvage artisanal.

Des orangers de Séville aux oranges du Tamanu

Originaires d’Espagne, les orangers de Séville sont Introduits par James Cook, sans doute pour bénéficier lors de futures escales d’un appoint en vitamine C pour ses marins. En raison des longues traversées, ces derniers pouvaient être sujets au scorbut (avitaminose C).La plante s’acclimate bien et rapidement. Les populations locales la disséminent le long du littoral et dans le fond des vallées notamment dans les lieux où les cueilleurs de fei faisaient halte. Les pépins négligemment jetés ont donné naissance à des sous -bois. Sur les hauteurs, ce sont les populations fuyant la présence européenne qui auraient favorisé la dissémination sur les plateaux intérieurs de l’île. Le botaniste amateur Gilbert Cuzent, dans son rapport de 1860, notait que chaque année, c’étaient près de 5 millions d’oranges qui étaient exportées vers la Californie, soit 1750 tonnes, bien avant que l’Etat américain ne développe sa propre production. Des navires faisaient ainsi escale tout autour de l’île pour récupérer les fruits conditionnés dans des feuilles de pandanus par les cueilleurs.

L’isolement du cirque rocheux de la haute vallée de la Punaru’u a ainsi constitué un refuge idéal pour les arbustes qui ont pu proliférer tout en étant préservés des maladies qui vont décimer, dans les années 1860, les vergers situés sur les littoraux notamment par le virus de la tristeza.

Tomora’a anani interprétée par Kailua Monod & Yolande Kautai